Godet Motorcycles

Godet Motorcycles

Un jeudi en début d’après-midi… Arrivés un bon quart d’heure en avance, nous rongeons notre frein devant la discrète façade de l’atelier normand. Il faut avouer que pour une partie de l’équipe de WheelShift, c’était un peu Noël avant l’heure en ce 23 décembre et un joli « cadeau » attendait les passionnés de motos que nous sommes ! Visite.

C’était il y a un siècle

Si l’histoire mondiale de la moto débute en plein cœur d’un atelier du sixième arrondissement de Paris à la fin des années 1860, celle de H.R.D. commence peu de temps après la fin de la première guerre mondiale dans l’esprit d’un certain Howard Raymond Davies.

Après avoir été pilote puis Competitions Manager pour A. J. Stevens & Co. Ltd (AJS), il quitte Hutchinson Tyres chez qui il est maintenant employé pour fonder H.R.D. Motors Ltd. Malgré une seconde place en Junior 350 cc Race et une première en Senior 500 cc Race au Tourist Trophy de l’ile de Man en 1925 lui assurant ainsi une bonne renommée, l’entreprise – au bord du gouffre – est vendue début 1928 au fabriquant de motocyclettes OK-Supreme. Le nouveau propriétaire ne conservera que l’usine et les outils de production, revendant le nom ainsi qu’un stock de pièces détachées à Philip Conrad Vincent pour la somme de 450 £ (environ 36 000 euros de nos jours).

La jeune entreprise nommée Vincent H.R.D. met rapidement sur le marché un modèle à cadre cantilever « maison » équipé de moteurs JA Prestwich Industries (JAP) ou Rudge-Python. Cependant, de nombreux problèmes mécaniques inciteront Vincent à concevoir ses propres moteurs dès le milieu des années 1930. Ainsi naquit en 1935 la Comet équipée d’un monocylindre Vincent de 499 cm3. S’en suivront des modèles mythiques tels que la Rapide, la Black Shadow (première moto de série à dépasser les 200 km/h) ou encore la Black Lightning (qui forgera la réputation de la marque en compétition).

Malheureusement pour de nombreuses marques de motos, l’après seconde guerre mondiale marquera l’avènement de l’automobile grâce à l’arrivée sur le marché de modèles populaires accessibles financièrement, permettant de voyager confortablement à l’abri et en famille. L’aventure moto de la firme Vincent H.R.D., avec ses coûts de production élevés dus à une fabrication quasi artisanale, se soldera un été 1955 lors d’une annonce faite par Philip Vincent lui-même à l’occasion du diner annuel du Vincent H.R.D. Owners Club. La société sera mise en liquidation judiciaire en 1959.

Le moteur d’une passion

Né à Sotteville-lès-Rouen en 1951, Patrick Godet, peu motivé par le destin tracé au sortir de ses études de commerce, préfère enfiler le bleu de travail pour s’occuper de la maintenance du parc de camions de l’entreprise familiale. À peine rentré du service militaire, ce passionné de moto acquiert sa première Vincent H.R.D., une Black Shadow. Plus tard, il engagera cette même machine – après modifications dans les règles de l’art – fin des années 70 en compétition, sa deuxième passion.

Dans les années 80, Patrick Godet, alors président du Vincent Owners Club Section France, s’occupe de motos de la marque de façon amateur. En 1989, il décide de fonder Godet Hochman Engineering dans la banlieue de Rouen et se lance dans la restauration auto et moto. Malheureusement, l’entreprise fermera ses portes quelques années plus tard. Loin de baisser les bras, Patrick ouvrira dans la foulée un nouvel atelier uniquement dédié à la restauration de motos de toutes marques, travaillant notamment avec son ami Daniel Meurine, plus connu sous le pseudonyme de « Jivaro ».

Toutefois, le passionné de Vincent H.R.D. qu’il est rêve de se concentrer uniquement sur ce qu’il aime et obtient, courant des années 90, l’autorisation exceptionnelle de la part de Fritz Egli de rééditer son très efficace cadre qui se marie parfaitement avec le bicylindre 1000 cm3 Vincent. Ainsi nait la première Egli-Vincent « by Godet ». Début 2000 marquera le début de l’aventure de Godet Motorcycles. En s’associant avec Jacques Buchoux, alors à la tête de la société JPX spécialisée dans la production de pièces mécaniques, Patrick Godet à maintenant les outils et le savoir-faire pour développer l’entreprise et concevoir son propre moteur de 1330 cm3.

Cependant, suite à quelques difficultés, l’entreprise se retrouve au bord du dépôt de bilan. Le salut viendra d’un célèbre chanteur français qui volera au secours de la marque – dont il était déjà l’heureux propriétaire de plusieurs modèles – en rachetant les parts de Jacques Buchoux et en remettant les finances à flot. Chanteur qui reprendra les rênes de Godet Motorcycles suite au décès de Patrick Godet en 2018. « Savoir aimer. Sans rien attendre en retour… » comme il dit !

Atelier d’orfèvrerie

Ce qui frappe les esprits lorsque que l’on franchi la porte du lumineux atelier situé en banlieue Rouen, outre la bonne douzaine de motos présentes, c’est la propreté et l’ordre qui y règnent. Tout y est parfaitement rangé, organisé et donne l’impression que l’atmosphère est imprégnée par la passion, l’exigence et la rigueur qui caractérisaient son fondateur.

Qu’il s’agisse de machines de plus d’un demi-siècle ou récentes, pour un simple entretien ou une restauration état concours, l’attention portée à chaque patiente est à la hauteur du caractère exceptionnel de ces motos. Rien n’est laissé au hasard et le soin apporté à chaque détail tant mécanique qu’esthétique relèverait quasiment de la psychanalyse. Ici, tout est fait main ou presque par les quatre membres qui composent l’équipe. Leur expérience et leur savoir-faire associés à un parc d’outillage complet leur permettent de répondre aux demandes les plus exigeantes en termes de qualité, de finition et des besoins spécifiques de chaque projet. Lorsque certaines prestations ne sont pas réalisées en interne, Godet Motorcycles fait appel à d’autres artisans reconnus pour la l’exceptionnelle qualité de leur travail tels que Harley Grove (sellerie), Noré Décoration (peinture) ou bien encore Amal (carburateurs).

Rapide, Black Shadow, Sport GT, Café Racer… Nous n’avons pas boudé notre plaisir de voir ainsi réunies en un même lieu tant de si beaux et rares modèles. Tandis que certaines patientaient en attendant leur tour pour passer entre les mains expertes de nos artisans, d’autres, à l’instar de la Godet Grey Lightning – dernière-née de l’atelier rouennais et à paru récemment dans Café Racer Magazine – attendaient paisiblement de retrouver leurs propriétaires. Notre visite se conclura par un petit essai sur banc de la 500 Grey Flash pilotée par Bruno Leroy sur des épreuves telles que le Manx GP sur l’ile de Man ou encore le championnat IHRO.

C’est quoi la suite ?

Même si le ciel n’a pas toujours été dégagé pour l’entreprise normande, Godet Motorcycles semble avoir trouvé son rythme et les projets en provenance du monde entier s’enchainent. Côté salon, l’équipe réfléchi à une participation au Salon du 2 Roues de Lyon en mars 2022. La partie compétition ne sera pas en reste avec notamment le projet d’aller affronter les anglais sur leurs terres à l’occasion du Manx GP de l’ile de Man en août 2022.

Plus d’informations : https://www.godet-motorcycles.fr/ ou sur leur page Facebook.

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Un grand (grand) Merci à Sandra Gillard et Serge Vollard pour nous avoir autorisé à partager leurs photos avec vous et pour leur disponibilité.